dimanche 23 octobre 2011



L’Endurance Trail , 21 Octobre 2011
Vendredi matin, 4h, à Millau, 700 traileurs attendent avec impatience le départ de l’ultra..les températures avoisinent les -4°C… « c’est la nuit, c’est l’hiver ».. .et je me demande bien ce que je fabrique là…Un petit blabla des organisateurs puis l’Ameno et les fumigènes rouges : j’ai tous les poils au garde à vous (le froid ou l’émotion ?!)… et c’est parti !

De Millau au Rozier (0 km ->22km)
C’est très roulant mais les yeux encore collés, j’y vais tranquille… je me fais dépasser par des wagons de fusées (et là, j’avoue, je n’en mène pas large…). Première côte, j’ai sorti les bâtons, tombé la veste et enclenché le rythme montagnard ! On arrive sur le plateau, un petit blizzard nous glace le sang, je remets la veste, ça court pas mal… L’eau de mon camel commence à cristalliser dans le tuyau, du coup je ne bois presque rien…Une jolie descente super roulante nous amène au premier ravito, là, je bois un bon thé chaud, coup d’œil sur ma réserve : elle n’est pas entamée, je repars donc aussi sec ! 

Du Rozier à St Rome de Dolan (22 km -> 37 km)
Une grosse bosse nous attend, on voit le serpentin des frontales qui grimpe sec en face…Je double deux trois gus en bas de la montée, prête à laisser passer les types derrière moi, mais personne ne bronche et on se cale tous sur un bon rythme. Je me sers beaucoup des bâtons et je m’étonne à voix haute de leur absence chez le gars qui me suit…On commence à discuter, il vient de Seine et Marne et quand je lui dit que je viens de Montpellier, il me sort qu’il est avec un pote qui a fait l’Orient’Raid…En fait je suis en train de blaguer avec un certain Thierry du Briard, plus loin ce sera son pote Lolo qui me déposera sur un plat roulant (il m’a reconnu grâce à mon buff blanc…) L’ascension s’est faite en balcon, avec le chapelet de frontales devant et derrière nous, on a eu droit au lever du soleil dans sur les Gorges du Tarn…magnifique ! J’arrive sur le plateau, les températures sont toujours négatives, presque 5 h de course, ½ litre d’eau consommé et une demie barre énergétique avalée…Ce qui devait arriver arriva : le coup de moins bien ! Je me traîne jusqu’au ravito de St Rome de Dolan où je décide de faire une grosse pause…15 minutes pour refaire le plein d’énergie (j’en profite même pour vider l’eau gelée du camel et pour en remettre une à température ambiante)

De St Rome de Dolan à La Viale (37 km -> 60km)
Regonflée, réchauffée, je descends à fond jusqu’aux Vignes, puis on attaque la troisième bosse de la journée : à l’ancienne, droit dans la pente…Une fille me passe, elle a un bon rythme et je peine à m’accrocher à elle, mais je la garde toujours en vue …arrivée sur le plateau, elle relance, je ne lâche rien, je la suis. On entame les 20 plus beaux km de la course, à flanc de montagne, sur un single très joli qui surplombe les Gorges, c’est technique, c’est magnifique, un régal ! La fille est toujours devant, elle se retourne de temps en temps (c’est ballot, je suis toujours là …) dès qu’on sort des Gorges, elle attaque et part sur un joli rythme dans un long faux plat…je capitule…On traverse les Arcs St Pierre et là, deux « promeneurs » m’interpellent, « Et Mayeulle, qu’est-ce que tu fais là ? »…(c’est Jo des Caméléons, j’ose pas trop lui répondre que je me pose encore la question…et je les laisse encourager Bruno La Prune, qui a l’air de peiner plus que moi) . Arrivée à La Viale, le bide en vrac (résultat de l’eau gelée et des 9 h de course), je suis blasée de voir qu’il n’y a plus de coca ni de soupe… juste de l’eau fraîche d’une citerne…

De la Viale à Veyreau (60 km à 70 km)
En repartant, j’ai pas trop le moral, je ne reçois plus aucun texto (ma carte SIM a décidé de me lâcher, là, aujourd’hui…), j’ai du mal à m’alimenter, seule une barre Powerbarre me réconfortera (à ce moment là, petite pensée pour Nico d’LSN qui s’attaquera à un sacré chantier lui aussi 2 jours plus tard !). Je descends à fond jusqu’aux Gorges (je dépose la fille qui a l’air de payer un peu son dernier effort) et attaque la montée avec la ferme intention de ne pas me faire remonter…Un certain Erwan me tombe dessus « et t’es pas Mayeulle, du MUC orientation ? » …décidément, on n’est plus tranquille nulle part… « Et t’es qui toi ? ».. totale honte, Erwan, ancien muciste que je suis incapable de reconnaître, je fais passer ça sur le compte de la fatigue…

De Veyreau à Pierrefiche (70 km à 87 km) 
On passe par des paysages fabuleux et la lumière de la fin du jour fait ressortir toutes les couleurs d’automne, je m’en mets plein les mirettes ! J’appelle Steph pour lui confirmer que je serai au prochain ravito à 19h, c’est cool qu’il puisse m’accompagner, parce que là, la fatigue et les km accumulés commencent à m’attaquer le cerveau… Je pensais bien avancer dans la descente sur La Roque Ste Marguerite, mais c’est hyper technique, je suis incapable de courir et je veux absolument arriver à Pierrefiche avant la nuit (j’appelle Estelle pour qu’elle me remonte le moral, mais de là où elle est, elle ne peut pas faire grand-chose… elle m’encourage en me donnant mon classement et en m’informant des dernières news : les premiers sont arrivés à 15h…hallucinant !)... puis s’en suit la remontée sur Pierrefiche ! Seule au monde, plus rien dans les jambes, plus rien dans les bras…la loose ! Un objectif : avancer pour être à peu près à l’heure pour que Steph m’attende pas trop…Enfin, j’y arrive, je suis explosée, Steph vient juste d’arriver, il n’est pas tout à fait prêt, ça tombe bien, je vais pouvoir me poser 5 minutes et me ravitailler correctement !

De Pierrefiche au Cade (87 km à 103km)
Reboostée par une bonne pause salvatrice et par la présence d’un copain, toute la descente vers Le Monna se passe bien. Avec la nuit, le froid est revenu, j’ai encore du mal à boire et à m’alimenter malgré les relances de Steph et j’accuse un peu le coup dans la dernière grimpette du Monna ! Il faudra toute la patience et les encouragements de ce super coéquipier pour que j’en arrive à bout sans trop baisser de régime (qui doit pas être bien élevé, j’avoue, mais j’étais quand même à fond !). On passe au Cade, minuscule pause, un coup d’œil au fond de la ferme, y a pas Lud et Jéjé, tant pis, c’est parti pour la descente finale !

Du Cade à l’arrivée (103 km à 112km)
La portion sur le causse est roulante, Steph m’empêche de m’endormir sur un petit rythme, il veille à ce que je continue de m’alimenter correctement (une vraie petite maman…) et arrive la descente finale…Je me barde, mes genoux ne couinent pas, mes cuisses encaissent : j’y vais gaiement, ça sent bon l’écurie !

Je franchis la ligne d’arrivée en 19h32…mieux que ce que j’osais espérer…
C’était inespéré, vu l’entraînement ultra léger et la fatigue accumulée… 
Un grand merci à tous pour vos encouragements !
     


Mayeulle